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Journal de nuit

Cette semaine c'est la pleine lune. J'inverse mon rythme quotidien pour profiter pleinement de l'activité nocturne du bocage gâtinais. Je pars vers 21h, pour rentrer au plus tôt vers 2h, ou à l'aube, ça tombe bien, cette semaine la météo est plus favorable la nuit que le jour. Le vent tombe en soirée, le ciel se dégage.

Que peut-on bien trouver dans cette campagne par une nuit froide d'hiver ? Nous sommes fin février. Je surveille les sorties des amphibiens. J'aimerais assister au spectacle des pontes des grenouilles agiles. Un temps doux et humide serait pour le coup le bienvenu. 

La lumière de la pleine lune est agréable. Je n'ai pas besoin d'allumer la lampe pour me repérer dans la forêt, retrouver les passages au-dessus des cultures et atteindre la première mare. Je reste un moment à observer le fond des eaux tapissées de feuilles mortes. Dans le faisceau de la lampe, je découvre un triton marbré partiellement caché par les feuilles. Le décor de cette mare est digne de légende fantastique. Elle est entourée de grands arbres recouverts de lierre. Un arbre mort sombre dans les eaux noires et dessinent des ombres en forme d'arabesques. Je tente une approche du triton avec le caisson étanche où j'ai placé la caméra. Le moment le plus délicat est de plonger le caisson dans l'eau. L'onde fait disparaître l'animal. Je suis tout à coup distraite par les glapissements d'un couple de renard et un mélange de cris déchirants et d'aboiements. Ils ne sont pas très loin. Je guette le coin de la prairie. Les miaulements de la chouette Chevêche s'accordent à l'ambiance magique de cette belle nuit de pleine lune.

Après quelques essais de prises de vues sur la mare arborée, je quitte les lieux pour rejoindre une seconde mare.

 

Celle-ci est totalement dégagée au milieu d'une prairie. Elle est occupée par des ragondins. Je m'y installe pour tenter de capter le reflet de la lune dans l'eau. Au bout de quelques minutes, un doux chant s'élève de la mare. Elles sont donc là ! Je les entends, mais ne les vois pas : les grenouilles agiles chantent sous l'eau. Aucune tête ne dépasse. Un couple de chouettes Hulottes prend le relais de la Chevêche. Le couple est en parade : ils se poursuivent en vol. Les ragondins s'impatientent de ma présence. Ils tournent en rond et se plaignent d'un cri long à peine audible, et qui ressemble un peu au meuglement d'une vache. J'ai ma récolte d'images. Je rentre, trop fatiguée pour aller jusqu'au bout de la nuit. Mais j'y retourne demain avec impatience, tellement la soirée fut riche de rencontres.

A LíAFFUT DE L'EFFRAIE

 

Parmi tous les animaux du bocage, l'Effraie est de celle qui vit le plus en étroite relation avec les humains. Autrefois oiseau de mauvais augure, l'Effraie semble aujourd'hui être ignorée de beaucoup díentre nous alors quíelle fait partie de notre entourage.

Le grenier du musée cantonal de Ménigoute est occupé par des Effraies. J'ai surveillé à l'automne l'envol de 5 jeunes- une couvée tardive qui cependant a eu du succès. Ce spectacle m'a donné envie de réaliser un film sur la vie nocturne, et apporter un témoignage sur ces curieux habitants Ménigoutais. Le grenier où elles logent est rempli díobjets de toutes sortes : on aurait voulu y recréer un décor de cinéma, on n'aurait pas mieux fait !

Cependant filmer la dame blanche dans son logis demande à prendre quelques précautions. Le grenier est rempli de pelotes de réjection, signe d'une occupation de plusieurs années. Il ne síagit pas de leur faire abandonner ce lieu où la reproduction a une telle réussite. Les Effraies subissent de nos jours la crise du logement : les arbres creux disparaissent comme peau de chagrin, les maisons neuves sont hermétiques à toute vie sauvage, les clochers et bâtiments publiques sont grillagés.

En revanche l'Effraie est un animal qui sait très bien vivre en présence de l'homme. Elle peut occuper les greniers de maisons habitées. Il est possible de l'habituer au changement nécessaire pour obtenir des images : l'éclairage. Je reproduis donc cet hiver les techniques des photographes et cinéastes animaliers qui ont su l'approcher sans dérangement. 

Règle numéro 1 : Pénétrer le moins possible dans le grenier et au moment où elle y vient le moins, c'est-à-dire en décembre-janvier.

J'ai réalisé l'installation en 3 journées, espacées de 7 jours, en janvier. Le grenier a été définitivement prêt juste avant les premières journées de douceurs hivernales. L'Effraie a continué de visiter le grenier entre chaque journée d'intervention, puisque j'y ai retrouvé des pelotes de réjections fraîches chaque fois que j'y suis revenue.

Règle numéro 2 : L'habituation à la lumière et au bruit.

Chaque soir j'allume le grenier avant la tombée de la nuit, et je l'éteins au cours de la nuit ou le lendemain matin. Je n'ai pas besoin de monter dans le grenier pour ça. J'ai juste à enclencher le compteur au rez-de-chaussée du bâtiment. J'ai également placé une radio, pour créer un fond sonore continu qui pourra absorber les quelques bruits que j'émettrai pendant l'affut.

Je ne monte pas dans le grenier tant que je n'observe pas d'allers-venus réguliers. L'éclairage risque de ne pas leur plaire tout de suite. Il faudra peut-être maintenir ce protocole pendant plusieurs mois pour qu'elles y retrouvent la confiance nécessaire pour une nichée cette année.

Règle numéro 3 : Devenir fantôme.

Une fois que le petit fantôme blanc se sera décidé à retrouver son logement, je pourrai commencer à l'approcher. Mon installation est faite de telle sorte que je ne pénètre jamais dans la partie où elle niche. Son aire est dans l'une des tours du musée. J'ai calfeutrée l'entrée de la tour par une cloison en bois, isolée phonétiquement. La cloison comporte un trou où je pourrai placer l'objectif quand les petits seront assez grands pour ne pas être abandonnés par les parents. En attendant, j'ai placé deux caméras fixes dans des caissons, que je pilote de l'autre côté de la cloison par un ordinateur. Ainsi je pourrai vérifier si une nichée est bien en cours, et faire quelques images des allers-venues des adultes.

Vendredi 18 février. Les Effraies sont bien présentes dans les champs. Elles chassent dès la nuit tombée. C'est la période de début des parades. Je ne les entends que très peu dans le bourg de Ménigoute. Un individu posté dans l'arbre à côté de la tour du musée a lancé un cri d'alarme à mon passage en début de semaine. Le couple n'est pas encore assez présent pour investir le grenier. Il faut patienter jusqu'au mois de mars pour savoir si elles ont pu s'habituer aux changements. La suite, donc, au prochain épisode !